Riton la poisse

mercredi 22 avril 2009
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ll faut absolument que je vous parle de mon copain Riton. Son vrai prénom était Victor-Henri, mais nous l’appellions Riton pour le faire tartir. Il habitait le seizième avec maman, ayant eu la malchance de perdre son père assez jeune. Brefle, Riton était un poissard comme j’en ai rarement vu : si il y avait un truc qui se passait mal, c’était forcément pour lui, un vrai paratonnerre à emmerds, le Riton.

Nous avions décidé de partir quelques jours en vacances à huit ou dix zozos pas tristes, dont la moyenne d’age devait être de 19 ou 20 ans. A part Riton, dont la maman était pleine aux as, nous étions du genre fauchés, surtout que nos bagnoles nous coûtaient bonbon, du moins pour nos moyens d’étudiants, c’est pourquoi nous avions décidé de camper, c’était mi juin 78 ou 79, le temps s’y prêtait.

Mais Riton faisait des manières, n’avait jamais goûté au camping, qu’il imaginait sans douts style Brett Sinclair, avec le congélo et la couverture chauffante. Il avait donc persuadé maman delui prêter la caravane familliale.

Le jour dit, le v’la t-y pas qui se pointe avec la R16 de Papa, qui n’était pas encore une voiture de collection, mais juste une bagnole de bourge (elle était gris "pognon" avec l’intérieur cuir noir), parfaitement adaptée à la traction d’une grosse caravane.

Outre la "Reuseize", comme nous disions, il y avait, ma MGA Twin cam, une Amilcar, une traction 15 H avec le cul qui trainait par terre, une simca 5 ou 6 et une quatrième bagnole dont je ne me souviens plus.

A part une prune récoltée par le Riton, pour ne sais plus quelle raison (il avait pourtant la seule bagnole parfaitement en règle), nous étions arrivés sans encombre au lac Sainte Croix, après une étape d’une nuit en Auvergne. Il devait être une ou deux heures de l’après midi, on décide de faire cul-cul trempette, mi pour nous rafraichir, mi pour faire admirer nos anatomies juvéniles à la volaille locale. Et comme c’était dix ans après mai 68, il y avait pas mal de nudistes dans le coin. Sans doute pourquoi le Riton, grand dragueur devant l’étrenel, décide d’aller faire un tour de ce côté là. Il se baigne, drague, s’endort sur la plage...

Et bien il nous est revenu le soir avec un coup de soleil maousse sur le service trois pièces, il a fallu qu’il dorme toutes les nuits avec les cou.... dans un bol d’eau pendant une semaine.

Or donc, nous voila pendant une semaine au soleil du sud, avec mon Riton tout penaud, obligé de se la mettre sur l’oreille, alors qu’il avait fermement décidé de niquer tout ce qui bouge à cou... rabattues, comme nous autres, d’ailleurs.

La différence, c’est que nous, nous n’avions pas de coup de soleil mal placé.

Nous avions décidé de nous déplacer tous les jours, et de ne jamais dormir deux soirs de suite au même endroit (ce qui aurait d’ailleurs été impossible, vu le bordel que nous foutions dans les terrains de camping jusqu’à pas d’heure, on nous aurait de toute façon foutu à la porte.

Rien de notable à raconter les trois premiers jours, sauf que la Simca cinq avait "fait" un joint de culasse, mais "Le P’tit Prince" (le pote qui avait la Simca, ainsi nommé car il faisait un mètre quatre vingt quinze) avait prévu la chose, et avait un joint de culasse de rechange. Vous imaginez la tête des retraités venus prendre leur douche vespérale après qu’une demi douzaine de mécanos amateurs venant de sortir un moteur aient fait leurs ablusions dans les sanitaires collectifs.

C’est le quatrième jour que Riton nous a fait du grand Riton : venant de passer son permis, et ayant encore un 90 au cul, il n’avait pas appris à faire une marche arrière attelée. Engagé dans un chemin improbable, d’où nous n’avions sortir qu’en marche arrière, le Riton entreprend lui de dételler tout seul sa caravane pour la manoeuvrer. Comme de juste, la chose est trop lourde pour lui, prend de la vitesse dans la descente, avec mon Riton courant toujours derrière, jusqu’à ce que la Notin (tiens, ça me revient, c’était une belle Notin, peinte de la même couleur que la Reuzeize, sur commande spéciale de son défunt paternel) jusqu’à ce que la Notin finisse par traverser la route et contrebas, juste davant une 404 break de gendarmerie qui passait là, et bascule par dessus le parapet pour s’écraser dix mètres plus bas.

Ca serait arrivé à un autre qu’à Riton, nous aurions été catastrophés, mais nous étions tellement habitués à ce qu’il ne lui arrive que des poisses, que nous nous roulions par terre de rire, sous les insultes des chaussette à clous, qui croyaient à une connerie volontaire de notre part, au détriment d’un honnếte touriste.

Après avoir tenté d’expliquer l’accident aux gendarmes incrédules, nous finissons par repartir. La fin de la semaine se passe sans incident notable, sauf une surchauffe chronique de la twin cam et autres pots d’échappement semés sur les chemins du sud. Nous finissons par entreprendre notre remontée vers Paris. Nous nous arrétons pour déjeuner dans un routier, un peu parceque nous avions faim, et beaucoup parcequ’il s’était mis à pleuvoir des hallabardes, et que la Simca et la MG n’avaient malheureusement pas de pompe de cale.

J’avais l’habitude de promener un gigantesque parapluie style parapluie de golf dans la MG, pour m’abriter aux feux rouges lorsqu’il pleuvait. Naturellement, j’avais pris ce parapluie et l’avais accroché à la table du resto, la chose a son importance.

Nous commençons à déjeuner au milieu des routiers rigolards, heureux de voir des p’tits jeunes, amateurs de bagnoles anciennes s’arrếter dans leur rade habituel. La serveuse, assez gironde, ma foi, vient prendre les commandes, puis nous apporte les plats.

Et c’est là que mon parapluie entre en scène, en nous servant, la serveuse accroche légèrement sa jupe à une baleine de mon rifflard, croit à une tentative de main au prose de notre part, et balance une gigantesque gifle au pauvre Riton absolument héberlué. L’équivoque se dissipe dans la bonne humeur générale, je crois même que le patron nous a payé un coup. On se sépare avec nos potes les routiers, en promettant de repasser les voir à la prochaine occasion, et nous regagnons nos voitures....

.... Pour découvrir que la R16 a disparu.

Il nous a bien fallu un quart d’heure pour convaincre Riton, que , pour une fois, ce n’était pas une de mes blagues à la con (modèle déposé). Nous finissons par aller faire une déclaration de vol et déposer plainte, au commissariat de Montargis, si je me souviens bien. Nous rentrons finalement à Paris sans plus d’incident, peu avant minuit.

Le lendemain midi, j’avais rendrez vous avec Riton pour déjeuner, il arrive en retard, la gueule défaite, je pensais qu’il s’était fait avoiné par sa mère.

Bien mieux que çà, ils avaient été réveillés à six heures du matin par la police judiciaire, qui venait demander des explications : la R16 avait servi à braquer une station service pendant la nuit !!!


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